« La politique de Sarkozy : chômage, précarité, pauvreté »

par Pierre Hureau

Brusque remontée du chômage : 50 000 demandeurs d'emploi supplémentaires au cours des mois d'Août et Septembre 2008. Est-ce la conséquence de la crise financière ? Non, pas encore ! Les effets de celle-ci sont à venir. Le chômage est reparti à la hausse depuis le début de l'année 2008. Il est la conséquence de la politique conduite par N. Sarkozy depuis dix-huit mois, à savoir : démantèlement des 35 heures (instaurées pour créer des emplois) - encouragement aux heures supplémentaires défiscalisées - suppressions massives d'emplois dans la Fonction publique - rachat des jours de RTT - monétisation des comptes épargne temps - suppression des "contrats aidés"...... Cette politique résumée par le slogan "travailler plus pour gagner plus" est un leurre. Les heures supplémentaires bénéficient à une minorité de salariés, elles ont un effet néfaste sur l'emploi. Il y a eu 190 000 créations d'emplois en 2006, 330 000 en 2007 et inversion en 2008. Au deuxième trimestre on a enregistré 19 000 destructions d'emplois dans le secteur privé.

Que pensent notamment : les salariés de l'automobile, mis en chômage pendant les vacances de Toussaint, ceux des équipementiers, les salariés de la vente par correspondance, les intérimaires congédiés en masse.... que pensent-ils du slogan de la campagne présidentielle de 2007 "travailler plus" ? et de la "réhabilitation du travail", qui devait diviser par deux le taux du chômage et atteindre le plein emploi, objectif encore proclamé par Fillon Premier Ministre en Mars 2008 ? La recrudescence du chômage de ces derniers mois est le fruit, amer, d'une politique incapable de relancer la croissance, par l'augmentation du pouvoir d'achat, la création d'emplois, l'insertion des demandeurs d'emploi, des jeunes en particulier et le maintien dans l'emploi des plus de 55 ans. Les prétendues réformes, engagées à un train d'enfer, n'ont rien apporté dans ces différents domaines.

La crise financière en plus

La crise financière survient dans ce contexte. Elle va aggraver une situation déjà fortement dégradée par la politique Sarkozyste. Après les centaines de milliards d'euros déversés pour sauver le système bancaire, après les aides consenties, sans conditions, aux entreprises, le "discours de mobilisation" présidentiel de fin octobre a énoncé de prétendues mesures contre le chômage. Un nouveau leurre. Aucune remise en cause des orientations précédentes, à savoir : le "paquet fiscal" de juillet 2007 en faveur des possédants - la défiscalisation des heures supplémentaires.... les mesures annoncées comprennent : le retour aux "contrats aidés", (supprimés en 2007) ! 100 000 nouveaux contrats - un assouplissement des CDD - l'extension du travail du dimanche - la retraite à 70 ans - l'accroissement des services à la personne, par des emplois en grande majorité à temps très partiel. Le plan Borloo de 2005-2006 prévoyait la création de 500 000 de ces emplois. Il y en a eu 235 000, représentant seulement 75 000 emplois équivalents-temps plein. Ces mesures ne sont pas à la hauteur de la situation. Elles ne comportent aucun chiffrage de leur financement. Elles ne peuvent qu'accentuer la précarité, créer des miettes d'emplois, lesquels gonflent la catégorie des travailleurs pauvres. Le président veut également dynamiser le "Pôle emploi", issu de la fusion ANPE - ASSEDIC, chargé d'assurer un accompagnement des chômeurs vers l'emploi. Mais avec quels moyens ? le budget 2009 en discussion au parlement, est en contradiction avec ces objectifs, car il rogne les crédits de plusieurs ministères, pour l'emploi notamment et le logement social. Sarkozy a usurpé l'objectif de "sécurisation des parcours professionnels" en vigueur dans des pays nordiques, lesquels consacrent des moyens importants pour favoriser le retour à l'emploi et une indemnisation conséquente des chômeurs.

Sarkozy - MEDEF : même combat

Or, la négociation en cours de la nouvelle convention d'assurance chômage, entre les syndicats et le MEDEF, laisse planer de graves dangers. Les propositions du patronat à la dernière réunion du 7 novembre, visent à réduire la durée d'indemnisation des chômeurs et à durcir les conditions d'accès au système, lequel n'indemnise déjà que 47% des demandeurs d'emploi. Les nouvelles modalités excluraient de l'indemnisation 200 000 à 300 000 chômeurs de plus. Les propositions du MEDEF donnent pleine satisfaction à N. Sarkozy, car elles permettent de baisser de 0,3% la cotisation ASSEDIC au bénéfice de la cotisation retraite !

La crise financière va se prolonger par une récession, dont nul ne se risque à prévoir l'importance et la durée. La croissance a déjà reculé de 0,3% au second trimestre. N. Sarkozy s'agite beaucoup pour sauver le système financier, bancaire européen et redorer son blason. Mais en France, il pousuit depuis dix-huit mois le démantèlement du droit du travail et de la protection sociale. "Travailler plus, pour gagner plus" ? un double leurre. La réalité de la politique sarkozyste se nomme : chômage, précarité, pauvreté.

12 Novembre 2008