Les élections du mois de mars 2008 ont clairement traduit le mécontentement d'une grande partie de la population et la déception de ceux qui avaient cru aux promesses du candidat-président. Mais sur les préoccupations majeures des salariés : pouvoir d'achat et emploi, le gouvernement n'entend pas infléchir le contenu et le rythme de ses réformes.
Toute la politique Sarkozy s'est ordonnée autour du slogan : "travailler plus pour gagner plus", par le développement des heures supplémentaires, défiscalisées et exonérées de cotisations sociales pour les entreprises (30 milliards d'€) et le rachat des jours de RTT. Ces mesures accentuent les inégalités, car tous les salariés ne peuvent en profiter. Elles se situent tout à fait dans une optique d'individualisation des rémunérations et de modération salariale, conduite depuis des années, y compris dans le secteur public. Les 35 heures, déjà mises à mal par les gouvernements Raffarin - Villepin, sont enterrées. Davantage d'heures sup. c'est .....moins de créations d'emplois.
L'augmentation des salaires de la Fonction Publique se limite, en 2008, à 0,8%, malgré une perte de 5 à 6% du pouvoir d'achat ces dernières années. Mais les fonctionnaires peuvent monnayer leurs jours RTT, pour ceux qui en ont.... Les retraités doivent se contenter d'une majoration de 1,1%.
Avec une inflation repartie à la hausse, qui pèse plus lourdement sur les budgets les plus modestes, cette politique est insupportable.
Dans le même temps les profits des entreprises du CAC 40 explosent (101 milliards d'€ en 2007). Les salaires, primes de départ, stock-options des dirigeants, atteignent des sommes scandaleuses, même s'ils sont remerciés pour manque de résultats.
Rien, dans les déclarations du Président et du gouvernement, ne laisse envisager une inflexion d'une politique inégalitaire, en faveur des riches et des possédants, politique inaugurée dès le mois de juillet 2007, par le "paquet fiscal" : suppression des droits sur la quasi-totalité des successions, nouvelle réduction de l'ISF ou des taux supérieurs de l'impôt sur les revenus. La somme de 15 milliards d'€ correspondante aurait été bien utile pour relancer une croissance défaillante.
Deux indicateurs de la situation de l'emploi ont été abondamment exploités durant la campagne électorale de mars 2008 : le recul du chômage et la création d'emplois. Qu'en est-il réellement ?
Il est revenu à 7,5% fin 2007, soit 2.080.000 personnes, contre 8,5% un an plus tôt. Mais les statistiques officielles ne prennent pas en compte : - les personnes employées à temps partiel, (1.280.000) souvent subi, qui voudraient "travailler plus", - les pré-retraités dispensés de recherche ( 450.000) ou les personnes découragées par leurs recherches infructueuses.....Le nombre réel de demandeurs d'emploi est bien supérieur au chiffre de deux millions. Par ailleurs, la baisse annoncée du chômage s'accompagne en parallèle de l'aggravation de la précarité, source d'inquiétude pour l'avenir. Entre 1995 et 2006, le nombre de salariés en CDD est passé de12,4% à 13,5% de la population active, celui des emplois à temps partiels de 15,8% à 17,2%, les béficiaires du RMI de 1 million à 1,2 million. L'intérim, en progression de 6%, touche 735.000 personnes. Le chômage des jeunes est à 18%. Le temps partiel contraint s'est développé dans de nombreux secteurs, provoquant l'apparition d'un nouveau phénomène : les "travailleurs pauvres", lesquels sont souvent des travailleuses, personnes seules ou couples, dont le revenu est inférieur au seuil de pauvreté (817 € par mois). Leur nombre est de 7.136.000 !
Près de 330.000 emplois ont été créés en 2007, après 190.000 en 2006. La plus grande partie de ces créations se situe dans le secteur tertiaire. Mais 60% sont des emplois de services à la personne, dans le cadre du plan Borloo de 2005, emplois à temps partiel, souvent très partiel, 10 ou 12 heures par semaine en moyenne, rémunérés au SMIC, environ 300 € par mois ! des miettes d'emplois ! mieux que rien dit-on ! mais emplois "presque rien" ! Les employeurs appartiennent en général aux classes sociales aisées, qui bénéficient d'exonérations fiscales supportées par la collectivité.
Fin 2007 la création d'emplois a commençé à s'essouffler. La crise financière et les perspectives économiques du début 2008, laissent entrevoir cette année un volume de créations en baisse sensible et une remontée du chômage.
L'objectif affirmé est toujours celui de la campagne présidentielle : "réhabiliter le travail", diviser le taux de chômage par deux, atteindre ainsi le "plein emploi". Objectif confirmé par F.Fillon le 31 mars "le plein emploi est au coeur de toutes les réformes" ! il aura pour effet : "de réduire la pauvreté, de rendre le marché du travail plus compétitif, de produire une augmentation naturelle des salaires et de résoudre la question de l'emploi des séniors" !!! Mais comment ne pas souligner la contradiction entre l'objectif affirmé et la politique menée. En effet, comment ce "plein emploi" peut-il être atteint avec 105.000 emplois en moins en trois ans dans la Fonction Publique ? suppressions décidées arbitrairement, sans référence aux missions de celle-ci. Comment le pein emploi peut-il être atteint avec le train d'économies annoncé le 4 avril, qui porte réduction des crédits : du logement, de l'emploi ( les contrats aidés pour l'insertion), de la formation professionnelle, de la santé, du développement des entreprises ? Ce plan de rigueur qui ne dit pas son nom, va à l'encontre des attentes de la population et joue contre l'emploi. Des menaces planent également sur le "RSA" (revenu de solidarité active). Conçu comme une aide à l'insertion ou la réinsertion professionnelle, il devait être généralisé en 2009. Selon F.Fillon, le gouvernement "essaiera" de le généraliser, mais "sans augmentation de la dépense publique" ! Les mêmes craintes pèsent sur l'augmentation de l'allocation adulte handicapé.
Cette politique conduit bien à faire payer par les plus démunis les cadeaux consentis aux plus riches en juillet 2007. Elle est aussi la poursuite et l'accentuation d'une politique libérale de contraction des moyens de l'Etat, conduite depuis plus de 10 ans, avec une réduction de 20% de l'impôt sur le revenu, impôt progressif et solidaire. Une croissance plus forte (3% était l'objectif du candidat-président) ne viendra pas de l'alignement des salaires vers le bas, mais de l'investissement dans la recherche, l'innovation, la formation, la qualification.
Dans les deux domaines au centre des préoccupations des salariés : pouvoir d'achat et emploi, la politique menée depuis un an et reconduite, n'apporte aucun élément de justice et de progrès, bien au contraire. Une réponse syndicale est absolument indispensable.
Cette réponse est difficile. D'une part le Président impose un rythme effréné de réformes, une succession de concertations, consultations, commissions, groupes de travail, conférences et "d'agendas" à échéances impératives. Le rythme imposé conduit à une certaine asphyxie. Chaque réforme prise isolément apporte parfois quelques avancées, limitées, qui masquent l'orientation de fond de la politique. D'autre part il n'existe pas de réponse politique. Comme le relève un hebdomadaire de gauche : "malgré son succès aux élections municipales, le Parti Socialiste n'a pas tiré les leçons du passé". Quelle réponse aux phénomènes tels que : le temps partiel contraint, les nouvelles formes de pauvreté, l'ouverture sans limites de l'éventail des revenus ? Quelle réponse à la dérégulation des marchés financiers, dont on peut aujourd'hui mesurer les conséquences à travers la crise financière qui secoue l'économie américaine et qui peut entraîner une crise généralisée ?
La réponse syndicale est actuellement insuffisante. Elle doit s'amplifier. Le dernier trimestre 2007 a connu des actions vigoureuses, à propos de la réforme des régimes spéciaux de retraites, prolongées par des actions dans la Fonction publique pour les salaires. Le début de l'année 2008 a vu une mobilisation commune CGT -CFDT pour relancer la négociation salariale dans le secteur privé. Des grèves ont eu lieu pour des augmentations générales ,dans de grandes entreprises : Axa, l'Oréal, Renault, Air-France, Snecma.....On constate aussi quelques actions, peu médiatisées, chez des sous-traitants et dans des petites structures. Plus novateur, le secteur de la grande distribution s'est fortement mobilisé, à deux reprises en février et mars, pour les salaires et contre les contrats à temps partiel, avec quelques succès : Carrefour, Auchan... Les retraités ont manifesté massivement début mars....Mais la politique poursuivie et annoncée est marquée par une accentuation de l'austérité. L'unité d'action des organisations syndicales est donc impérative, elle doit progresser, par la recherche d'objectifs communs, non seulement sur chacune des réformes de "l'agenda" présidentiel, mais sur les deux thèmes majeurs : salaires-pouvoir d'achat / emploi-chômage. Une exigence encore plus impérative par l'envolée de l'inflation, la crise financière et leurs conséquences sur la croissance économique.
12 Avril 2008